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Pierre Della Giustina vit et travaille en Auvergne d’où il rayonne dans le sud de la France particulièrement à Montpellier, Arles, Tarascon.

Né à Chamalières en 1964, ce fils d’entrepreneur est un familier des travaux manuels. A 12 ans, il découvre Chagall dont il « interprète » à sa façon les reproductions. Il s’adonne ensuite à la peinture « dans son coin » ; sa famille encourage son goût pour l’art.

 

FORMATION
1988- 1990
Entré à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs (ENSAD ) en 1983, il en sort diplômé en 1988. Il lit les poètes (Apollinaire, Michaux, Cendrars) et s’imprègne des positions sans concessions de Jean Dubuffet. Sur les presses de l’Ecole, il réalise un livre expérimental qui attire l’attention des libraires spécialisés dans les avant-garde artistiques (1989). Cet ouvrage devenu mythique prolonge les recherches de Cobra et de Dubuffet, sans céder aux sirènes de la Figuration libre. Le travail sur ce Boucherie à la une lui fournit une réserve de matières premières, propices aux transformations.

Parallèlement il cherche sa voie du côté de la Fabuloserie, Collection d’art hors-les-normes. Chargé de l’aménagement d’un espace et des visites guidées, il cotoie Alain Bourbonnais, « le patron ». Entre cet architecte, créateur de « ce labyrinthique endroit », et le jeune artiste, une sympathie mutuelle s’installe, interrompue par la mort précoce de Bourbonnais en 1988.

A partir de 1989 et au cours des années suivantes, Pierre Della Giustina s’attelle à une tâche réputée impossible : la restauration du Manège de Petit Pierre arrivé en pièces détachées à la Fabuloserie. A la tête d’une équipe de bénévoles, il remet en marche ce chef-d’oeuvre d’ingéniosité digne des machines de Jean Tinguely. Ce jalon le confirme dans le sens du bricolage créatif. Sa méthode de travail fondée sur la fragmentation, le réassemblage, la dépense d’énergie, se précise. Avec elle le risque assumé de l’iconoclastie. Il réalise avec des petits objets en tôle récupérés des sculptures très expressives qu’il détruit car trop proches de l’art brut.

 

PREMIÈRES EXPOSITIONS
1991-1996
Paris ne se prêtant pas à ses incessantes expérimentations, il choisit comme terre d’élection sa région natale où se trouvent ses amis, poètes, antiquaires, galeristes, gens de théâtre et ascensionnistes. Il y trouve une précoce considération en recevant le Prix des volcans 1990. Le Fonds Départemental d’Art Contemporain lui achète une oeuvre en 1991.

Ses premières expositions rencontrent leur public, séduit par ses techniques mixtes mélangeant pièces peintes et morceaux de tissu sur papier cousu. Ses patchworks d’un nouveau genre raniment des images issues de l’enfance (Peaux-Rouges, tuniques rouges, soldats bleus) combinées à l’évocation d’un corps de jeune femme. Sur ce sentier de la guerre et de l’amour, le travail en surface se double d’un travail en épaisseur pour corriger tout ronronnement. Pierre refuse d’orienter sa peinture vers une narrativité qui tiendrait du journal intime et de la chronique villageoise.

Une série de grands tableaux réalisés en 1991-1992 affichent une ambition plus haute en s’orientant vers la peinture à l’huile.
Un Buffet jaune s’impose avec une évidence métaphysique. Le peintre dévie de son système de ravaudage. Une autre toile, d’un intimisme méditatif proche d’un memento mori, provoque la rencontre d’une carcasse de mouton et d’un personnage sans regard.

A l’intersection du classicisme et du modernisme, Della Giustina accède à un monde clos et silencieux où le mouvement pétrifié n’est pas la moindre énigme. En possession de tous ses moyens, il donne en 1996 Le grand-père, tableau-hommage à ce maçon, originaire de Vénétie, dont il porte le nom.

Renouant avec des sujets traditionnels sans renoncer à ses méthodes particulières, il travaille à des portraits et à des natures mortes, celles-ci dans une proximité fortuite avec Miquel Barceló. Ses affinités « plutôt éclectiques » sont avec des peintres « assez inclassables » : Jean Rustin, Otto Dix, James Ensor, Odilon Redon.

A la fin du vingtième siècle les grandes questions de la pratique de l’art l’agitent. Au grand dam de ses admirateurs, il détruit beaucoup. « La peinture ça peut vous rendre dingue » dit-il. Cèdant à la tentation de l’isolement, il s’enferme dans des maisons anciennes qu’il restaure. La dernière, sur plusieurs niveaux, devenant enfin l’atelier adapté à la refonte perpétuelle de ses travaux nécessaire à sa pensée.

 

PASSAGE À LA SCULPTURE
1998-2015
L’année 1998 marque le tournant décisif qui lui permet de rebondir en inventant une autre forme de création. Le sentiment de « remonter la pente grâce à un travail de sculpture » où il est plus à son aise « dans un rapport physique aux choses » culmine jusqu’à l’exposition de 2001 au Musée Mandet.

On y découvre ce qu’il nomme alors ses « Energumènes », en écho aux Turbulents de Bourbonnais, « androïdes de province sans muselière et de bois tendre » où certains voudront voir une parenté avec les écorchés de Fragonard quand il y insuffle surtout l’étincelle de la vie. Dans cette série néo-expressionniste qui procède par addition et non par soustraction,

Della Giustina construit sur le vide, assemblant des « peaux » de bois récoltés sur les bords de l’Allier et des morceaux de ferraille. L’intention ludique de départ se changeant vite en confrontation avec la matière pour suggérer la marche, l’envol, la respiration rythmée de ses personnages. Voulant tourner le dos à la peinture, « l’art le plus dur qui soit » et s’éloigner du mental, l’artiste rencontre le paradoxe de Zénon d’Élée, célébré par Paul Valéry : « Achille immobile à grands pas ».

En 2000 lui naît un fils dont la mère est musicienne. Le souci de son éducation ne le détourne pas de son démiurgique travail d’assemblage. Il démembre et recycle les oeuvres qui n’ont pas encore été sauvées par les collectionneurs. Jusqu’à s’approcher du conceptuel quand il lui suffit de suggérer une pièce qu’il n’a pas encore trouvée mais que sa sculpture désigne déjà, à la façon d’un manque signifiant.

 

WORK IN PROGRESS
2016
Cette activité se poursuit durant les seize années suivantes avec pour temps fort l’exposition d’Arles en septembre 2016. Dans ce lieu adapté à la monumentalité de ses volumes porteurs des stigmates de leurs vies antérieures, impossible de ne pas comprendre qu’on se trouve devant un work in progress où le langage plastique de Pierre Della Giustina s’auto-engendre.

Aujourd’hui que l’artiste ne se sent plus requis à l’intransigeance de la prime jeunesse, ce socle matriciel reste, pour lui, prometteur de libération de ses talents. En témoigne par exemple ce groupe de gravures (retravaillées au pastel et au fusain) sur le thème du torero qui démasque sa mort montrées au printemps 2018 à Tarascon.

 

ACTUALITÉS
Depuis août 2017 : en résidence d’artiste dans la maison-atelier du sculpteur Paul Dardé (1888-1963) à Saint-Maurice-Navacelles, Hérault (34520), sur le causse du Larzac 7 avril – 2 juin 2018. Exposition (collective) d’art contemporain à l’initiative de la galeriste Chantal Mélanson. Musée d’Art et d’Histoire, Cloître des Cordeliers. En partenariat avec la ville de Tarascon.

 

EXPOSITIONS PERSONNELLES
2016. Sculptures / Gravures / Bas-reliefs. Présenté par Originart. Chapelle Sainte-Anne, Arles
2014. Gravures récentes. 9e Triennale mondiale de l’estampe. Maison des Beaumontois Beaumont (Puy-de-Dôme)
2008. Sculptures. Galerie Arkos, Clermont-Ferrand
2004. Sculptures / Bas-reliefs, Galerie Gastaud, Clermont-Ferrand
2001. Sculptures. Musée Mandet, Riom
1999. Sculptures. Galerie Calao, Vic-le-Comte
1997. Peintures. Galerie 17, Clermont-Ferrand
1994. Peintures. Galerie 17, Clermont-Ferrand
1993. Peintures. Musée Mandet, Riom
1992. Peintures. Galerie Calao, Vic-le-Comte
1989. Galerie Calao, Vic-le-Comte

 

EXPOSITIONS COLLECTIVES
2017. Matières d’art. Château d’Hauterive, Issoire
2014. Carrément ronde. Biennale Originart. Arles, Eglise des Frères Prêcheurs
2010. Pierre Della Giustina, gravures – Didier Dupeux peintures. Galerie Balthazar, Clermont-Ferrand
2005. Au delà du corps. 3e biennale d’art contemporain. Centre culturel Jacques Prévert, Aixe-sur-Vienne
1991. Salon international de l’estampe et de l’édition d’art, Paris
Aussi : participations à des expositions du Centre culturel Valéry Larbaud à Vichy

 

AUTOUR DU SPECTACLE : RÉALISATIONS
2006. Conception plastique (décors et bus) pour La Diagonale de Tchernobyl au Festival du Théâtre de rue d’Aurillac. Mise en scène : Bruno Boussagol (Brut de Béton Production)
2005. Sculpture monumentale, aérienne et éphémère pour Elena ou la mémoire du futur de Svetlana Alexievitch. Mise en scène : Bruno Boussagol
Sculptures pour Verde Luna d’après Federico Garcia Lorca, Compagnie La Mangoune
2004. Décors et participation (avec Patrick Da Silva) à la scénographie de En Revanche créée par la Cie Cazalhina au Festival de poésie Les Marcheurs du val.
2000. Décors pour la Compagnie des Racines Nées : Electre
1998. Décors et sculptures pour le Footsbarn Travelling Theatre : Le Conte d’hiver
1988-1989. Restauration et direction du remontage du Manège de Petit Pierre à la Fabuloserie de Dicy dans l’Yonne. Voir sur ce point le texte de Pierre Della Giustina : Pierre Avezard, vacher à la Coinche, « un aire (sic) de musique avant la sortie » dans L’Hommage Collectif à Caroline Bourbonnais Des jardins imaginaires au jardin habité, 2015

 

ŒUVRES DAMBIANCE URBAINE
2006. Panneau mural pour l’extension du Pôle chimie, Université de Clermont-Ferrand. Tôles et peintures pour carrosserie automobile
1995. Mur dézingué. Panneau mural extérieur de 50 m2 pour la Bibliothèque des Martresde-Veyre (Puy-de-Dôme)

 

LIVRE ILLUSTRÉ
Queneau (R.). Boucherie à la une. 40 X 81 cm. Eaux-fortes et bois gravés en couleurs sous emboîtage sculpté dans le contreplaqué et encré. Tirage limité à 10 exemplaires.

 

ACTIVITÉS DANIMATION
2018. Pour une classe de CE2 de Chamalières, à propos du manège de Pierre Avezard
2017. Pour l’Association Le Peintre de l’Atelier à Thiers
Aussi animation de stages dans le milieu théâtral (Footsbarn Travelling Theatre) et le milieu hospitalier (centre psychiatrique Jacques Lacarin à Vichy)

 

SUR LŒUVRE
Pierre Della Giustina. Catalogue. Fonds Départemental d’Art Contemporain (Puy-de-Dôme).
1991. Lettre et poèmes de Jean (Lelong).
Livres illustrés contemporains. Bulletin de la librairie Eric Lefebvre, Saint-Pryvé-Saint-Mesmin (45750), 1992. Notice sur Boucherie à la une d’après Raymond Queneau, illustré par Pierre Della Giustina.
Enjolras (Bruno). Pierre Della Giustina. Les images, le buffet, le peintre et la dépense. Etats d’Art, 1993. Carton et invitation au vernissage de l’exposition au Musée Mandet.
Duclos (Roland). Pierre Della Giustina – Noras (L.P.) Dépouilles animées. Leporello pour l’exposition de 2001 au Musée Mandet.
Thomas (Michel C.). A vif. Portrait paru en 2010 dans le Journal du Parc naturel Livradois-Forez n°20.
Eon-Groslier (Carole). L’Auvergnat Pierre Della Giustina, artiste aux multiples talents, partage le secret de son atelier. Article paru dans La Montagne, Puy-de-Dôme – Auvergne, 29 janvier 2015.
Laurent (Jean-Marc). Pierre Della Giustina artiste singulier. Article dans L’Echo Républicain, Clermont-Ferrand, 26 juin 2016.
Razil (Julie). L’art singulier de Della Giustina. Article paru dans La Provence, Arles, le 12 septembre 2016.

Nombreuses autres contributions dans la PQR.
Et dans la blogosphère : Pierre Della Giustina, une exposition-jalon. L’Internationale interstiCielle, 12 septembre 2016.
Pierre Della Giustina, du Manège à la Boucherie. animula vagula , 21 octobre 2007.